Interview – Jean-Marc Toussaint

Jean-Marc Toussaint

Jean-Marc Toussaint est graphiste, scénographe et producteur. Il a travaillé en Europe, en Russie et aux USA pour le cinéma, la télévision, la radio et les parcs de loisirs. Il est actuellement consultant pour le développement du parc Babyland en Région parisienne et producteur associé au sein de Metaluna Productions. « Super 8 Madness! », docu-fiction qu’il a coproduit, sera prochainement diffusé à la télévision et sortira en DVD au printemps. À part ça, il est d’humeur égale. Toujours mauvaise.

 

Quelle était ta vision du Japon avant d’y poser le pied ?

Jean-Marc ToussaintMa première vision vient du cinéma populaire. Un type dans une combinaison de caoutchouc piétinant des modèles réduits tout en poussant des cris stridents. J’ai découvert King Kong contre Godzilla à l’âge de 10 ans. Habitant entre Pigalle et les Grands boulevards, mon quartier offrait un large choix de salles de cinéma me permettant de m’initier aux joies du Kaiju Eiga. J’étais capable de réciter par cœur les dialogues d’Invasion Planète X (monstrueuse pépite qui réunit Godzilla, Ghidrah et Rodan, trois légendes du genre). Peu pratique pour les cours de français mais ça faisait rigoler certains copains, les autres préférant commenter les prouesses des joueurs de l’A.S. St-Étienne.

Un peu plus tard, je me suis intéressé à d’autres réalisateurs japonais, ma vision du pays était donc essentiellement cinéphilique.

Je savais qu’il y avait, d’une part, le côté mégapole technologique, des gens toujours en mouvement, un fourmillement de gadgets souvent inutiles (donc indispensables !) et, d’autre part, le côté traditionnel, les jardins harmonieux, les édifices en bois. Je n’imaginais pas que ces deux aspects du pays puissent se côtoyer d’aussi près. Et c’est un ravissement. Dans les villes, tu te promènes parfois dans un univers digne de Blade Runner, et au détour d’une rue, d’une entrée dérobée de petit parc, te voilà dans un décor qui te rappelle Les Sept samouraïs.

affiche-akira-1988-1Quel est ton rapport aux mangas ?

J’ai probablement suivi le même chemin qu’un grand nombre d’amateurs de ma génération en étant surpris et intrigué par l’arrivée du Roi Léo (il n’a peur de rien, les loups tremblent devant lui, il tient des anciens, l’expérience de la vie…) au début des années 70 puis enthousiasmé par les déferlantes Goldorak et Albator, à la TV, et une mémorable projection de Space Cruiser Yamato au Palais des Congrès un peu plus tard. Les films d’animation sont arrivés au compte-gouttes dans les festivals (Paris, Annecy…) au cours des années 80 et au début des années 90, ayant la chance de me trouver – selon l’expression consacrée – au bon endroit au bon moment, le distributeur français d’Akira m’a confié la tâche de créer une nouvelle affiche pour la sortie du film. Quand on pense qu’aujourd’hui la France est le premier pays consommateur d’Anime et de Manga en dehors du Japon, je suis content d’avoir jadis pu contribuer modestement à la reconnaissance de ce cinéma novateur en dehors de ses frontières.

Quel fut ton premier choc en arrivant sur le sol nippon ?

Trois choses m’ont frappé lors de mon premier voyage. Avec mon épouse, on a débarqué à Osaka et nous avons tout de suite été surpris par la chaleur moite qui y régnait en plein mois d’octobre. Ça nous changeait de la grisaille parisienne. Ensuite, il y a l’agression sonore permanente au cœur des villes : musique, annonces diverses, messages publicitaires, aboyeurs publics qui haranguent les foules avec des porte-voix. C’est très enivrant mais on s’y fait. Enfin, il faut tout de suite se débarrasser de l’idée que tout le monde parle anglais. C’est faux. De plus, en t’éloignant du centre des villes, les indications en caractères romains deviennent inexistantes. C’est une troublante expérience de l’illettrisme. Et c’est TRÈS dépaysant.

Tu as conçu des attractions pour différents parcs dans le monde. Ton avis sur les parcs japonais nous intéresse.

Le pays entier donne l’impression de n’être qu’un vaste parc d’attractions ! Si on s’intéresse à ce type de loisirs, planifier les itinéraires pour visiter les parcs te permet de sortir des sentiers battus et de t’éloigner des zones les plus touristiques. Traverser la campagne en tram, comme dans un film de Miyazaki, pour aller tester un coaster en bois érigé à flanc de montagne près de Beppu ou bien filer en taxi à travers la jungle d’Okinawa pour aller visiter un parc dont personne ne t’a signalé la fermeture définitive, ça fait voir du pays ! Même si au cours des dernières années les gros constructeurs occidentaux ont installé pas mal de manèges en Asie, beaucoup de parcs locaux sont dotés d’attractions créées par des entreprises nippones. Il y a des trucs improbables, dans lesquels il faut ramer ou pédaler, dévaler des pistes en béton dans des caisses à savon, traverser des jardins sur le dos de gros pandas en peluche dotés de roulettes… Tout cela n’est pas forcément confortable mais c’est souvent surprenant ! Mention spéciale aux trains fantômes et maisons hantées. Au Japon, on apprécie vraiment l’horreur graphique. Ça nous change des figurants déguisés en gorilles de nos fêtes foraines.

tdsQuels sont les parcs que tu peux nous conseiller ?

S’il n’y en avait qu’un, ce serait Tokyo DisneySea, que je considère comme le plus beau parc du monde. Ça fourmille de détails et certaines des attractions sont vraiment uniques. J’aime aussi beaucoup Fuji-Q, édifié aux pieds du célèbre volcan, et pour peu que la couronne brumeuse sur le cône enneigé se dissipe (ce qui n’est pas toujours le cas), la vue est bluffante. Kijima Kogen et Space World sur l’île de Kyushu ne sont pas mal aussi.

Peux-tu nous raconter l’expérience la plus drôle que tu as vécue au Japon ?

C’est une histoire qui m’est arrivée dans un parc (étonnant, non ?) en plein cœur de Tokyo. Hanayashiki est construit sur tout un pâté de maisons dans le quartier d’Asakusa. L’endroit est incongru et tortueux, on a l’impression que les attractions y ont été rentrées au chausse-pied. Il y a au milieu un petit étang, traversé par un ponton qui donne accès à une maison de thé. Eh bien l’une des planches, probablement peu habituée à voir passer de gros gaijins de mon espèce, a cédé sous mon poids et je me suis retrouvé coincé jusqu’aux aisselles dans le ponton, avec de l’eau boueuse jusqu’aux cuisses. Plutôt que d’appeler à l’aide, j’ai été alors pris d’une crise de fou-rire hystérique. Ce qui a rameuté tout le personnel du parc, y compris les responsables. On a fini par m’extraire et le directeur, avec force courbettes, s’est confondu en excuses, m’annonçant, entre crainte et fierté, qu’Hanayashiki était le plus ancien parc de loisirs du Japon (son ouverture remonte à 1853). Je lui ai répondu que j’avais effectivement pu m’en rendre compte ! J’ai été traité comme un roi pour le restant de ma visite et je garde, de plus, un souvenir émerveillé de la mine perplexe des employés de la maintenance, se demandant comment ils allaient bien pouvoir combler le trou béant que j’avais laissé !

Quels sont, pour toi, les incontournables lors d’une visite au Japon ?

Takaragawa_OnsenLes bains ! Une coutume aussi civilisée que délicieuse qui va bien au-delà de la nécessité hygiénique. Que ce soit en plein air dans des sources volcaniques ou bien dans un établissement en centre-ville. Pour ma première expérience, je crois que c’était à Kyoto, j’avais potassé le rituel dans un guide : en résumé, muni d’une cuvette et d’une savonnette, assis sur un petit tabouret en bois, tu te laves consciencieusement avant de pouvoir accéder au bassin commun. Me voyant procéder, même un peu maladroitement, à mes ablutions, les locaux ont hoché la tête et laissé fuser un « Ha ! » d’approbation. J’étais rudement fier !

Autre chose, quand on séjourne à Tokyo, c’est de passer le dimanche après-midi à Harajuku. Le long du parc Yoyogi viennent s’installer plein de groupes de musiques aux styles aussi divers que variés, du traditionnel shamisen au death metal, tu en prends plein les yeux et plein les oreilles (et j’aime le death metal).

Quels conseils donnerais-tu à celles et ceux qui préparent un voyage au Japon ?

De bien préparer et d’avoir un but. Le pays peut-être déroutant parfois. Ne pas hésiter à se faire conseiller par un agent de voyage spécialisé, il aura certainement de bonnes suggestions. Lors de mon premier voyage, qui a duré près de cinq semaines, je me suis limité à Honshu, l’île principale, que j’ai traversée de long en large grâce au réseau ferré, laissant même parfois mon gros sac en consigne pour voyager plus léger sur certaines portions du périple. Pour le train, le « JR Pass » est impératif, il s’achète à l’avance, on ne peut pas se le procurer sur place. Il permet d’emprunter presque tous les trains du réseau pendant la durée du séjour.

Je déconseille la location de voiture. Entre la conduite à gauche, les autres véhicules qui déboulent de partout et le décryptage des panneaux, tu passes plus de temps à essuyer la sueur qui te perle au front qu’à profiter du paysage.

Un exercice auquel j’aime bien me livrer en ville, pour peu qu’on réside à peu près au centre, c’est d’emprunter les transports en commun jusqu’en bout de ligne et de revenir à pied. Ça permet de découvrir plein de choses !

mandarakePartagerais-tu avec nous une de tes bonnes adresses ?

On va revenir à l’Anime et aux Mangas. L’adresse incontournable, à Tokyo, c’est Mandarake. Le site le plus ancien est près de la gare de Shibuya. C’est en sous-sol et on y trouve jouets, CDs, gadgets… Il y a du neuf et de l’occasion. J’y passe des heures. Il y a un autre magasin de la même chaîne, installé sur huit étages, où on peut aussi assister à des concours de cosplay, écouter des chanteurs de J-Pop. Il se trouve à Akihabara, c’est le quartier de Tokyo baptisé « Electric Town » spécialisé dans les gadgets électroniques. Là, on flirte avec l’overdose sensorielle !

Peux-tu nous donner ton top 3 des spécialités culinaires japonaises ?

Ce que je préfère, c’est le « toro », une toute petite portion de l’abdomen du thon qui se mange crûe. Petite donc rare donc pas donnée mais la chair est fondante et délectable. J’aime aussi le curry à la japonaise, il y a une façon d’accommoder le riz, le porc pané et la sauce épicée que je ne trouve nulle part ailleurs. Enfin, je n’ai jamais mangé d’aussi bonnes pâtisseries françaises qu’au Japon ! Si, si !

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