Interview – Orianne Sauvagnat-Hashimoto

Orianne Sauvagnat-Hashimoto

Orianne Sauvagnat-Hashimoto est une auteure-illustratrice française spécialisée dans les contes de fées. Elle a vécu quelques années au Japon avant d’épouser un Japonais et de mener une vie de nomade numérique : amoureux de nature, de voyages et de liberté, ils parcourent le monde ensemble tout en travaillant sur leurs différents sites internet. « Le Japon de Cléa Parapluie » est une histoire qu’elle fait en partenariat avec la talentueuse auteure Ophélie Stovel.

sukiyaki45tQuelle était ta vision du Japon avant d’y poser le pied pour la première fois ?

J’avais l’impression que c’était un pays inaccessible et que jamais je ne serais capable d’y aller un jour ! J’ai commencé à rêver du Japon après avoir écouté une seule chanson : j’avais huit ans et à la radio j’ai entendu Sukiyaki (Ue wo muitte) de Kyu Sakamoto. Ce fut pour moi un véritable choc et j’ai tout de suite voulu savoir ce qu’était cette langue, qui était ce chanteur et ce que signifiaient les paroles. Une seule chanson peut vous changer la vie ! J’ai été émue par la sonorité du japonais, et à partir de ce moment-là j’ai commencé à rêver de ce pays. Je me le représentais à l’image de sa langue, un endroit à la fois harmonieux et doux, mais je me disais que ce serait trop difficile ou trop cher pour moi d’y aller un jour. Le Japon me paraissait tellement loin et mystérieux ! J’étais simplement contente d’entendre parler japonais en écoutant des cassettes de méthodes d’apprentissage. Même si je ne comprenais rien, je me sentais étrangement familière avec cette langue.

Quel fut ton premier choc en arrivant sur le sol nippon ?

Je suis allée au Japon pour la première fois à 21 ans, à Kyôto en plein hiver. Je me souviens avoir eu l’impression que tout était silencieux, alors qu’il y avait une foule immense ! Dans un endroit aussi peuplé, on s’attend à se sentir étouffé, perdu dans une culture incompréhensible. En fait, pas du tout. Les passagers dormaient sur les sièges chauffants dans le train bondé, les passants étaient aimables et m’aidaient à trouver ma route en langage des signes car ils ne parlaient pas anglais, tout était bien indiqué et propre, il y avait des machines qui distribuaient des cannettes de chocolat chaud… Il neigeait et ma famille d’accueil a préparé un sukiyaki, ils ont organisé une petite fête pour mon arrivée ! Ils habitaient une belle maison traditionnelle, et j’ai dormi dans un futon douillet après avoir pris un bain. Ce sont ces petites choses du quotidien, toutes simples,  qui m’ont fait prendre conscience que mon rêve était devenu réalité. Je ne comprenais absolument rien, mais je me suis sentie très bien accueillie. Au Japon, on a souvent le sentiment de ne pas pouvoir remercier assez. Certes, c’est un pays surpeuplé où la vie passe à toute vitesse, mais j’ai toujours eu cette impression de sérénité, de fluidité dans les rapports sociaux. C’est un pays apaisant, à la fois tout en lenteur et très dynamique.

Peux-tu nous raconter l’expérience la plus drôle que tu as vécue au Japon ?

Je me suis mariée avec un homme japonais, et nous avons fait une cérémonie à Kyôto selon la religion Shintô. Quand on se marie on est tout excité et on perd un peu la tête, surtout quand on est un étranger au Japon !

Nous étions dans un sanctuaire avec tous nos proches et j’étais très émue. Le mariage traditionnel japonais est un rituel réglé au millimètre près, très codifié, qu’il faut apprendre en avance. À la répétition, je savais tout, et puis avec le trac, j’ai oublié et je me suis trompée tout le temps. Par exemple, pendant la cérémonie des trois coupes, j’ai bu quatre gorgées au lieu de trois en versant le vénérable saké partout. Aussi pour l’offrande sacrée des branches tamagushi, je m’y suis prise n’importe comment… Il faut les faire tourner dans un certain sens, mais sur le coup de la panique j’ai tout oublié ! J’ai alors essayé de copier en toute discrétion sur les mouvements de mon mari, mais je me suis rendue compte que lui aussi était complètement perdu et qu’il faisait n’importe quoi ! Alors que retentissait la musique, nous sommes partis dans un fou rire très discret, sous le regard circonspect du prêtre. J’avais un beau kimono de mariée, et je me prenais systématiquement les pieds dedans. J’essayais d’avoir l’air digne mais je ne faisais que des bêtises… Ma famille japonaise est adorable, et nous en rions encore, heureusement qu’ils ne l’ont pas mal pris !

Qui est Cléa Parapluie ?

Cléa Parapluie est une jeune française venue vivre au Japon pendant un an avec un visa vacances travail. Elle vit dans une famille d’accueil à Kyôto et travaille dans une pâtisserie en même temps qu’elle apprend le japonais. Elle a des amis un peu étranges, car elle a la capacité de voir et de communiquer avec des yôkais ! Les yôkais sont des créatures imaginaires japonaises, l’équivalent des fées chez nous. Son meilleur ami est un kasaobake (un yôkai parapluie), elle vit avec un bakeneko, dans une maison pleine de mystères. Elle voyage dans tout le Japon où elle rencontre de nombreuses créatures magiques, en même temps qu’elle apprend le japonais.

Comment est né ce projet de BD pratique ?

mori-kaname-musicienne-sprécialiste-kimonoOphélie Stovel était ma prof de japonais avant que j’aille vivre au Japon. Quand j’ai eu 24 ans, je suis partie étudier à Tôkyô à l’université Keiô et j’ai pris des cours de japonais avec elle pour me mettre au niveau. Je n’étais pas très sérieuse et nous passions souvent le cours à rire. Elle a étudié le japonais aux langues O’ à Paris et elle a publié un recueil de contes intitulé Hänsel et Gretel et autres réinventions que j’aime beaucoup.

Quelques années plus tard, je suis devenue illustratrice et j’ai commencé à publier aussi des contes de fée. Nous sommes restées en contact et un jour nous avons eu envie de créer une histoire ensemble. Nous voulions développer un projet pour aider les gens qui comme nous rêvent de vivre ou de voyager au Japon. Elle écrit le scénario, je fais les illustrations, et mon mari Katsuya fait le site et nous aide à écrire les dialogues en japonais. Le but de ce site est de faire découvrir cette langue, mais aussi la culture, et de donner des conseils pour s’installer ou vivre au Japon.

As-tu eu des retours ?

Nous avons régulièrement des commentaires enthousiastes sur notre site. L’histoire est originale, et elle permet d’apprendre un peu la langue. Nous recevons souvent des messages très touchants !

Est-il prévu une parution papier ?

Pas pour le moment, mais un jour peut-être !

Quel est l’endroit le plus étonnant que tu as visité au Japon ?

Il y a un onsen sur l’île artificielle d’Odaiba près de Tôkyô, Ôedo Onsen Monogatari, dont les décors reconstituent le Japon traditionnel. On vous donne un yukata à l’entrée, puis vous avez accès à un parc magnifique avec des bassins pour se tremper les pieds, des stands de fête foraine. Il y a des restaurants et des bains thermaux de toutes les sortes ! Vous pouvez y passer la journée, vous laver du matin au soir et grignoter par-ci, par-là. Quand vous rentrez en monorail à Tôkyô, vous avez une vue magnifique sur la ville ! C’est vraiment un endroit très chouette – notre premier rendez-vous avec mon mari ! – et je trouve que c’est la sortie idéale quand on aime le Japon traditionnel. On se sent un peu comme dans Le Voyage de Chihiro !

Quels conseils donnerais-tu à celles et ceux qui préparent un voyage au Japon ?

oshQuand on va au Japon, on pense tout de suite aux endroits à visiter, et on a peur de dépasser son budget entre l’hébergement et les transports. Tout dépend de la longueur du séjour, mais pour ceux qui souhaitent rester au Japon le plus longtemps possible sans se ruiner, je conseille d’essayer de faire du volontariat. Il y a beaucoup d’annonces sur des sites comme Wwoofing ou HelpX, qui vous permettront de découvrir la vie à la japonaise et d’apprendre la langue.

Un voyage ce n’est pas qu’une suite de visite de temples et de magasins, l’important c’est de rencontrer les gens du pays. Pendant les hanamis (la floraison des cerisiers) ou à toute occasion, essayez de vous joindre à un groupe de japonais sur Meetup. On ne dirait pas, mais les Japonais ont vraiment le sens de la fête, et boire du saké sous les cerisiers en fleurs, c’est ce qu’il y a de mieux !

Enfin, dernière recommandation : louez un kimono ou un yukata pour une journée ! Vous pouvez réserver sur internet sur des sites en anglais et cela coûte dans les 40 euros tout inclus. Avec mon mari nous louons chacun un kimono au moins une fois par an pour faire une balade dans un bel endroit à Kyôto, déjeuner dans un joli restaurant… Je vous le conseille vraiment !

La dernière question pour nous donner faim. Quelle est, pour toi, la meilleure spécialité culinaire japonaise ?

J’adore les onigiris ! Je peux en manger une quantité astronomique… Comme je ne sais pas toujours lire ce qu’il y a écrit dessus, à chaque fois c’est la surprise ! Mais de manière générale, je trouve que tout est bon au Japon !

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Le saviez-vous ?

Hoshi Ryokan est un ryokan (auberge traditionnelle japonaise) de Komatsu (île de Honshu - préfecture d'Ishikawa) créé en 717. Il est considéré comme la deuxième entreprise la plus ancienne au monde depuis le dépôt de bilan de l'entreprise de construction japonaise Kongō Gumi. La première étant le Nishiyama Onsen Keiunkan, un l'hôtel de Hayakawa (District de Minamikoma) existant depuis l'an 705.

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